Alors que le souvenir même du muesli biologique gonflé au lait de soja que ma mère me forçait à ingurgiter avant l’école me donnait encore un haut le coeur, j’eus envie, juste avant de partir en randonnée, de rechercher exactement ce petit-déjeuner au buffet du Club. Aujourd’hui, évidemment, les choses avaient changé. Tandis qu’enfants, ma soeur et moi devions être les seuls élèves de nos classes et peut-être même de notre école à ne pas voir le choix entre du pain, des corn flakes ou rien, de nos jours, le muesli était devenu très populaire. D’autant plus auprès de ces familles de Paris, Londres et Genève se préparant à étrenner leur équipement dans la fraîcheur des sommets.
Avec des morceaux de fruits frais et baigné dans une boisson à base soja sans sucre ajouté, la mention « lait de soja » ayant été prohibée par l’Union européenne depuis mon enfance, la fraicheur de mon bol de muesli m’a ravi tout enconvoquant le souvenir irrépressible de mes parents, de la solitude de mon enfance et des quelques livres qui avaient participé à la combler jusqu’à leur séparation.
*
Malgré le fait que nous n’ayons, en réalité, que peu vécu ensemble en Belgique, tous les souvenir de mes parents me donnent l’impression d’être indécrottablement teintés de Belgique. Peut-être déjà, pour commencer, parce qu’ils avaient cette manie de se parler entre eux en néerlandais, quel quel fût la contrée où nous nous trouvions. À l’époque, on disait d’ailleurs plutôt parler flamand. Ensuite parce que, même après avoir fui le pays depuis des années, ils persistaient à comparer tout ce qu’ils expérimentaient ailleurs avec ce qu’ils avaient connu dans leur pays natal.
Moi, je rêvais d’intégration, d’autant plus lorsque nous nous fixâmes en France. Les enfants que nous étions, ma soeur et moi, étaient très impressionnés par le prestige de Paris, mais aussi par l’Histoire de France, avec ses majuscules et ses Grands Personnages. Côte à côte dans la voiture, nous avions été très excités lorsque notre mère déclara que nous avions pénétré pour la première fois sur le territoire de la capitale. À l’entrée du collège, je me mis à dévorer, avec les Lagarde et Michard comme atlas, les classiques de la littérature française.
*
La corrélation entre l’éclosion de la notoriété de Balzac et la création de la Belgique est un angle mort de l’histoire auquel il conviendrait de remédier.